les papiers découpés

 

Durant la période des Royaumes Combattants (476-221 av. J.C.) on a mis au jour des figures et motifs symétriques sur une feuille de cuir. Il ne s’agit pas à proprement parler de papiers découpés, cependant technique et rendu des formes géométriques illustrent une étape préparatoire à des éléments artistiques.

Il faut remonter aux Dynasties du Nord (386-581) pour trouver les plus anciens papiers découpés, découverts dans le Xinjiang (Flaming Mountain, Turfan), comprenant cercles, chevaux et singes.

Ils ont une fonction de substitution aux objets liés aux pratiques funéraires: le lingot ou le pain en or sont remplacés par une forme.

La matrice gravée permet une impression sur tissu réalisée à partir de papier découpé ; les thèmes traditionnels et liés aux croyances populaires, elles-mêmes à substrat taoïste ou bouddhiste sont ainsi propagés: exemple du thème de la grue symbole d'immortalité. Le nuage indique la présence des monts taoïstes.

La fonction ornementale à l'intérieur de la maison: les thèmes du bien-vivre, de la prospérité, sont constants. Le thème du papillon, exemple classique, est un homophone pour le caractère qui signifie " quatre-vingts ans ", la stylisation des sapèques, monnaie à trou central, vaut pour les souhaits de fortune.

La fonction ornementale à l'extérieur de la maison, par substitution, avec le motif du rideau de porte associé à des motifs propitiatoires: la fleur de prunus marque le retour du printemps et le renouveau, donc est faste pour une bonne année.

La fonction de substitution pour le culte : le papier découpé remplace les offrandes présentées lors d'une cérémonie funéraire.

La fonction sociale : l'expression des voeux: lors d'un mariage. Les voeux sont traduits par la présence d'un couple de canards mandarins et de descendance : le lotus aux graines multiples qui symbolisent une famille importante.

Le papier découpé sert de base à la confection des motifs pour les vêtements, broderies, souliers.

 

Origines

Évolution

Développements

Situation de la production dans le monde moderne

Importance des papiers découpés en matière de création

Les papiers découpés chinois :
une expression contemporaine dans un découpage ancestral

La grue semble vivante et éternellement présente. Son plumage et l’eau scintillent à la lumière. Elle est la petite histoire de ma fenêtre, comme une pensée découpée ou une sorte de haïku ciselé.

Né de la feuille et du ciseau, le papier découpé remonte les générations. Les femmes ont amorcé l’esprit du découpage à travers les broderies de soie, d’or et d’argent. Sous la dynastie des Han (206 av. JC - 220 ap. JC), elles découpaient des dessins de fleurs ou d’oiseaux pour orner leur chevelure ou pour les coller sur l’autel de leurs ancêtres lors des cérémonies rituelles. Cette habitude se retrouve sous les dynasties des Sui (581-618) et des Tang (618-907) qui collent des découpes d’or et d’argent sur des objets destinés à être recouverts de laque et ensuite polis pour en faire ressortir les motifs.

A partir de ces dynasties, les papiers découpés évoluent graduellement en un art décoratif indépendant avec des caractéristiques appartenant à l’imagerie populaire. Les thèmes abordent les légendes et les animaux extraordinaires tel que dragons, phénix. La fabrication du papier s’étant répandue à ces périodes, on le préféra aux feuilles d’or et d’argent trop coûteuses.

Depuis, ils sont largement utilisés pour la décoration des murs intérieurs ou des fenêtres selon les goûts et les régions, pour les évènements joyeux de la vie quotidienne et à l’occasion de la fête du Printemps. En effet, la veille de chaque année on procède à un grand nettoyage pour chasser la vieille année. C’est l’occasion de remplacer les anciens papiers découpés par les nouveaux. On les fabrique en famille pour l’offrir la décoration de la maison. Ce caractère éphémère est caractéristique des papiers découpés. Ce sont de petits tableaux facilement renouvelables qui reflètent une émotion, une imagination...

Il suffit d’un papier, d’un ciseau ou de couteaux, pour fabriquer un papier découpé. Ce procédé basique laisse une grande liberté d’innovations plastiques et expressives. Il a permis aux papiers découpés d’exister tôt, de perdurer encore et paradoxalement de les rendre contemporain. Les outils restent simples : " On se sert de couteaux différents, dont la lame varie en épaisseur, et qui sont aiguisés comme des rasoirs. Le bout de la lame se termine en biseau pointu. Le manche est en bois, et on l’entoure d’un linge ne laissant que sortir le bout de la lame. On pose la peau sur une couche de bois tendre, ou une couche de cire pour éviter d’émousser le tranchant de la pointe. On tient le couteau comme un pinceau, presque perpendiculaire à la peau et on pousse la lame vers l’avant, côté tranchant à l’extérieur. "[1] La ciselure prend alors des aspect différents selon que l’on coupe vite ou lentement, selon les styles et l’expression de chacun.

La découpe est une altération indélébile du support. Le papier découpé cherche l’évidence formelle, et vise à camper son personnage dans ce qu’il a d’essentiel et d’individuel. Tout le travail repose alors sur la sûreté et l’expérience du geste. Ainsi, certains maîtres passent d’abord par une longue phase d’observation. On raconte que Monsieur Zhang Rongshou ne commence jamais un sujet avant d’en posséder les traits dans sa mémoire. Il passe de longs moments à observer avec attention la nature, la vie qui l’entoure, de sorte que ses motifs sont toujours extrêmement ressemblants. ". Il capte le juste caractère qui sous-tend le vivant. Les saisons deviennent palpables : " ses fêlures sont d’une grâce extrême comme bercées par une brise automnale ". Il donne des émotions : " Ses dessins colorés aux traits stylisés, reflètent joie et humour ou candeur. " Le papier découpé dépasse sa dénomination technique et investit le champ des expressions. En visant l’essentiel, le papier découpé dépasse le contexte temporel. Même s’il est un marqueur d’une époque et d’un style, l’essentialité donne le gage de leur intemporalité. C’est pourquoi d’une certaine façon, ils perdurent dans le temps et arrivent jusqu’à nos jours.

De plus, la recherche de l’équilibre entre les pleins et les vides renforce l’idée d’une intemporalité. Les formes et contre-formes du ciseau sont souvent assez élégantes. La découpe crée le vide et le plein, un intérieur et un extérieur, une sorte de territoire. La ciselure n’est pas simple ligne ou contour des choses car un accord profond règne entre le monde, le ciseleur, et la découpe faite. L’entente se fait au niveau du geste et du souffle.

Par le vide qu’il cerne, il représente forme et volume, par son attaque et sa poussée, il exprime rythme et mouvement. Par le fait que l’exécution en est instantanée et sans retouche, l’artiste découpeur introduit les souffles vitaux ". Plus que la ressemblance extérieure, ce que le trait cherche à capter c’est le " li ", la ligne interne des choses, en accord profond avec la conception chinoise de l’univers.

L’esthétique du découpage s’accorde avec nos univers iconographiques actuels. La forme n’est pas physiquement découpée, elle l’est virtuellement sur nos ordinateurs. Les images publicitaires recherchent la bonne pose, la bonne silhouette, le meilleur profil, dans la vision d’un corps, ou d’un objet à détourer et à recoller sur un fond. Cette forme agit comme une accroche visuelle qui marque les mémoires. A l’heure où le signe visuel prend toujours plus d’importance pour se vendre, reconnaître, revêtir le label qualité, le papier découpé, sorte de pictogramme, investit les arts appliqués. On le retrouve alors dans les vitrines de magasins, sur les boîtes, les sacs, les chaussures…

Il croise les milieux sociaux, s’adaptent aux nouveaux médiums, chevauchent les époques, dans un but religieux ou comme dans la recherche artistique. Sa technologie simple lui fait traverser le temps, son essentialité lui s’accorde avec l’esthétique contemporaine.

Je regarde la grue collée à ma fenêtre. Les couleurs ont passé, mais elle est toujours aussi élégante, tant de grâce dans son attitude... Je ne me décide pas à la remplacer pour la nouvelle année.

 

 

Christophe Comentale
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